Fou Amoureux (3/31)


  • Bonjour grand double vé, ça va ?
  • Je vais très bien petit gé et toi ?
  • Moi, ça va un peu.
  • Et l’autre peu ?
  • En fait j’ai un souci, c’est l’anniversaire de ma copine et…
  • Désolé petit je n’ai rien, je ne vais pas te prêter de l’argent.
  • Non, ce n’est pas une question d’argent. En fait, je veux écrire une lettre d’amour, est-ce que tu peux m’aider ?
  • Je gagne quoi dedans.
  • Comment ça tu gagnes quoi ? Ah grand, moi ton seul petit vraiment.
  • Bon petit, je vais écrire pour toi gratuitement mais je ne veux pas de plainte.
  • C’est bon, la fille s’appelle …
  • Oh est-ce que je t’ai demandé ça ?
  • Mais comment tu vas écrire sans connaître un peu notre histoire.
  • T’inquiètes pas petit.
  • Hum grand.
  • Oh petit va-t’en !
  • D’accord.

Le petit gé s’en alla, laissant grand double vé seul. Ce dernier se saisit d’une feuille et d’un stylo, déposa sa cigarette et se pencha pour écrire.

Quelques heures plus tard, le petit gé revint à la cachette de grand double vé avec à la main un sachet noir. Aussitôt il interpela le grand.

  • Tu as fini ?
  • Oui, oui, tu peux lire.
  • D’accord.

Petit gé débuta la lecture.

« À Mon Chocolat

Bonjour,

J’espère que tu vas bien, moi ça va super bien, je vais beaucoup mieux depuis que ma vie est devenue tienne. Merci d’être entrée dans ma vie et de tous les efforts que tu fais pour que notre couple tienne. Je ne sais pas ce que tu as vu en moi pour que sur moi ton dévolu tu jettes, je t’aime à mon arraché les cheveux c’est pourquoi la calvitie me guette.

Plus de trois milliards d’homme sur Terre et c’est moi que tu as choisi, j’en suis honoré et ravi, j’espère être à la hauteur de cet amour. Je sais que tu préfères les belles actions aux mots mais ceci est mon unique arme pour exprimer mes émotions, laisse-moi me libérer de ce poids qui me pèse sur les épaules, laisse-moi te faire visiter mon cœur. Par contre je te préviens pour moi aussi ce sera la première visite, je vais peut-être me perdre en chemin.

Pour commencer, je te dis bienvenu à la place des souvenirs, c’est ici que je garde l’euphorie de chaque moment que nous passons ensemble, les moments de bonheur ainsi que les moments de malheurs. Tous ces moments sont précieux pour moi, c’est mon trésor que je garde jalousement.

Tu te rappelles de notre première discussion sur l’oiseau bleu ? J’avoue que je n’avais pas compris les signaux, à cette époque ce n’étais pas vraiment réciproque, je te trouvais tellement différente de moi, dans mon esprit c’était improbable que je puisse te plaire, je te voyais déjà très carrée, respectueuse des règles, bosseuse chevronnée, amoureuse inconditionnelle, mature !

Même si dans tous les domaines je suis du genre à prendre des risques, en amour je suis un homme réticent, une belle façon de dire peureux. Et sincèrement je ne regrette pas d’avoir gardé mes distances, peut-être que ma façon de t‘aborder t’aurais fait fuir, qui sait ?

D’ailleurs je te remercie d’être venue vers moi, ou plutôt je remercie D. de t’avoir poussé à venir vers moi. Sans elle j’aurai vécu ma vie sans connaître le chocolat ! Une vie sans saveur, tu es mon sauveur, ta présence chaque jour je savoure et vaincu je m’avoue.

Comment pourrais-je oublier ce 20 Juillet 2020 ? Même si je le voulais, je n’en serais pas capable, ce jour-là c’était notre première vraie conversation mais j’étais déjà à toi, il t’aurait suffi de me demander la lune pour que j’y marche.

Des relations à distance j’en ai connu beaucoup mais la nôtre a la particularité de me ramener sans cesse à la réalité et de me faire me rendre compte de mes manquements chaque jour. J’ai passé tellement de temps à vivre dans ma tête, à y tourner en rond jour après jour que j’avais oublié qu’autour de moi il y avait une vie, un monde qui tournait et qui ne m’attendait pas.

Tu m’as compris, tu me comprends, on se complète avec toi tout semble si simple et si complexe à la fois. Je t’ai montrée mes défauts et tu m’as souri. Tu m’as montré tes défauts et j’ai éclaté de rire. Comme pour signifier que notre intérêt l’un pour l’autre est supérieur à nos différences ou peut-être que c’est parce que nous sommes différents que nous nous intéressons l’un à l’autre.

Au fait merci de m’avoir offert mon premier orgasme, je ne pouvais pas ne pas en parler.

Je sais que tu as coulé beaucoup de larmes par ma faute, j’ai été un gros con pour des sujets insignifiants, je t’aime mais j’avais peur d’être blessé, tu vois dans cette place des souvenirs il y a encore sur certains murs le reste de photo arrachée de ma relation passée. Je sais que je ne devrais pas en parler mais j’avais peur de me donner entièrement et de tout perdre, j’ai été égoïste et j’en suis profondément désolé, je ne voulais pas être l’instrument de tes tourments mais parfois lorsque je ferme les yeux tout remonte, rien que de l’écrire je suis pris de honte.

Plus jamais.

Pardonne-moi de t’avoir, exprès, blessée. J’avoue que l’amour m’a rendu dépendant et possessif, je ne savais pas que j’allais ne pas vouloir te partager. L’amour c’est douloureux maintenant je le sais et je n’aime pas ça mais je sais que tu seras toujours là pour me tenir la main, hier, aujourd’hui et demain.

Dépassons les souvenirs s’il te plait, allons dans la salle des trophées, je l’ai nommé en hommage à une déesse grecque, celle du foyer car je m’y sens chez moi, et au milieu j’ai posé l’arbre à palabre au pied du quel se trouve toutes les disputes que j’ai remporté, ça n’arrive pas souvent mais c’est mon petit plaisir coupable. En dehors de ceux-là, le reste sont tes trophées, ceux des batailles que tu as remportées, ceux que j’ai remporté pour toi, une liste non-exhaustive de toutes les choses glorieuses que tu as réalisés afin que je n’oublie jamais avec quelle femme merveilleuse je partage ma vie depuis bientôt neuf mois.

Je suis tellement fier de toi, tellement impressionné par ton parcours, ton intelligence n’a d’égal que ta dévotion envers les gens que tu aimes. Tu m’impressionnes car tu as réussi à tracer ton propre chemin sans entrer en conflit avec le monde extérieur, l’avis des autres tu t’en fous mais réellement pas juste pour te donner du courage, tu es droite dans tes bottes et tu bottes les maladroits.

Lorsque je t’ai connue tu étais une femme libre, indépendante ou presque, épanouie et en quête d’un bonheur plus grand, tu m’as donné envie de parcourir ce chemin avec toi, de participer à cette quête. Merci de m’avoir accepté à tes côtés capitaine. J’espère être à la hauteur de la mission.

Tu es le capitaine de notre navire, n’en doute jamais, tu as toutes les qualités pour nous mener à bon port.

Excellente stratège, tu sais utiliser les bons mots et les bonnes méthodes pour renverser n’importe quelle situation à ton avantage. Tu es disciplinée et prévoyante en plus d’être attentionnée. Tu réconfortes les esprits meurtris, guérit les blessures de l’âme par tes mots, ta douce voix transporte un message de bonheur que je ne me lasserai jamais d’entendre, jamais.

Je te fais confiance en tout et pour tout, je te pardonne tout. La vie est trop courte pour se méfier, la vie est trop courte pour être rancunier. J’ai confiance en ton jugement éclairé, si tu veux qu’on saute dans le vide, je le ferai sans hésiter parce que je sais à quel point tu veux me faire du bien, tu veux me rendre heureux et tu ne feras jamais rien qui pourra me nuire.

Fais-moi tout autant confiance, sache que je veux te rendre heureuse par tous les moyens en ma disposition, et j’irai aussi loin que possible pour te combler.

Ô, capitaine, mon capitaine !

Je suis fier de ton implication de plus en plus grandissante dans l’écriture, dans la vie de votre projet, tu dois continuer à travailler aussi dur, à t’écouter, à partager tes connaissances, le monde a besoin de ta lumière alors brilles pour lui. Aies confiance en toi, en tes compétences, puisque tu penses n’avoir aucun talent, aujourd’hui est ton jour alors je ne vais pas te contredire.

Aussi je t’invite à prendre plus à cœur la réalisation de certains projets, tel que le cabinet, ce cabinet fera beaucoup de bien à énormément de gens, tu le sais. Fais en sorte que ça devienne une réalité, tu en es capable, regarde en toi, crois en toi et ne lâche rien.

Quand je pense que nous avons vécu toutes ces choses sans se voir, sans se toucher, et pourtant je suis sûr de pouvoir reconnaître ton odeur, je suis sûr de savoir ce que ça fait que de poser mon visage dans ta paume de main. J’espère avec toi réaliser mon plus grand rêve, mon plus grand fantasme qui est d’aller au restaurant avec la femme que j’aime, faire ensemble une balade romantique.

Je rêve chaque jour de notre première rencontre, j’attends ce jour beaucoup plus que je n’attends le retour de Jésus-Christ.

En ce jour de ton vingt-quatrième anniversaire, je te souhaite de rencontrer enfin l’homme de ta vie, le jour que tu le verras dis-lui ce que tu as pensé de cette lettre pas avant.

Je te souhaite de trouver un emploi stable, de gagner beaucoup d’argent, de rendre tes parents fiers de toi, d’offrir à tes neveux et nièces tous les beaux cadeaux.

Je te souhaite d’avoir une longue vie, une vie heureuse, une vie pleine, une vie lumineuse.

Je te souhaite d’exister, de t’accomplir en tant que personne, de briller tellement haut dans le ciel que peu importe où je serais je vais toujours te voir et tu vas toujours me guider.

Excuse-moi de n’avoir en ce jour que des mots à offrir, je sais que tu aurais préféré un gâteau, une crème glacée et des crevettes.

Tu es grâce et je veux te couvrir de gloire parce que je t’aime.

Je t’aime comme le gari aime l’eau

Je t’aime comme Apple aime son logo

Je t’aime comme les corrompus aiment les corrupteurs

Je t’aime comme les congolais aiment la bière

Je t’aime comme les musulmans aiment la prière

Je t’aime comme iPhone aime les mises à jour

Je t’aime comme Vesta aime les caprices

Je t’aime comme les pauvres aiment l’argent

Je t’aime comme tu m’aimes et peut-être plus…

Signé TOI »

 Une fois la lecture terminée, petit gé leva les yeux vers grand double vé, son regard était rempli de point d’interrogation.

  • Mais grand, ça c’est quoi ? C’est qui Chocolat ? C’est quoi cette histoire ?
  • Petit calme toi.
  • Mais je t’ai bien dit que je voulais une lettre pour ma copine, ce que tu as écrit là ça n’a rien avoir avec ma copine ! Est-ce que ce n’est pas ta propre histoire que tu as écrite là-bas ?
  • Petit doucement, fais attention à tes paroles hein. Tu voulais une lettre gratuitement non, tu as eu la lettre.
  • Non, grand tu ne peux pas me dire ça !
  • T’inquiètes pas, c’est une belle historie d’amour, si tu montres ça à ta copine elle va aimer, c’est comme Titanic. D’ailleurs il y a quoi dans ton sachet, donne-le.
  • Je refuse, c’est pour ma copine.
  • Mais tu as déjà la lettre, tu vas faire quoi avec un second cadeau. C’est trop, donne ici.

Petit gé se mit à courir mais grand double vé réussi facilement à lui barrer le chemin, pris le sachet noir et s’en alla. Petit gé s’allongea sur le sol et commença aussitôt à pleurer.

Une main féminine se posa sur son épaule, il cessa de pleurer et se retourna vers la personne.

  • Monsieur G.W ! Tu es sûr que ça va ?
  • Oh Vesta, joyeux anniversaire mon amour, je t’aime très fort.
  • As-tu pris tes médicaments ?
  • Quels médicaments ?
  • Ceux que tu dois prendre par rapport à tes troubles bipolaire, as-tu oublié ? Tu m’avais promis de ne pas oublier.
  • Oui, j’avais oublié excuse-moi. Mais je n’ai pas oublié ton anniversaire, j’ai même écrit une lettre.
  • D’accord monsieur.
  • Tu es la meilleure psychologue du Congo !
  • Allons dormir monsieur.

L’écrivain G.W s’en allait la larme à l’œil car encore une fois il n’a pas pu déclarer sa flemme à cette femme dont il est amoureux passionnément depuis neuf mois qu’il est interné dans cet hôpital psychiatrique.

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