Silence Coupable

Il y a quelques temps je discutais avec une amie qui me faisait remarquer que j’étais sans filtre sur les réseaux sociaux, que je me confiais beaucoup sur mes maux, mes problèmes, mes difficultés, elle trouvait cela étrange et courageux. Plus étrange que courageux. Surtout par rapport à mon article sur mon pénis et celui sur le viol dont j’ai été victime. Au détour de cette même conversation, elle me demandait si ma famille était au courant de ces atrocités que je racontais sur internet et je lui répondais que non, que j’en n’avais jamais discuté avec des membres de ma famille.

Plus de la moitié des choses que j’ai raconté sur internet que ce soit au sujet de mes déboires ou de mes joies ou encore des mes rêves, sont des choses dont je n’ai jamais discuté avec des membres de ma famille.

Pourquoi ?

Avant j’aurai répondu, parce que je ne sais pas mais ça c’était avant.

J’ai eu une autre conversation au sujet d’une chose terrible qui s’est passé dans ma famille aussi et dont je n’ai parlé à personne, ce qui va totalement à l’encontre des belles paroles que je diffuse sur internet. Ce qui est contradictoire à mon discours habituellement et j’en suis conscient.

J’ai pris le temps de réfléchir sérieusement au pourquoi de mon silence.

Était-ce pour me protéger ? Est-ce pour protéger une autre personne ? Ai-je honte de moi face à ma famille ? Ai-je peur que ma famille apprenne que je suis loin de l’image qu’elle se fait de moi ? Ai-je peur de les décevoir ?

C’est un méli-mélo de tout ça et de rien en même temps.

La culpabilité, c’est ce qui me ronge depuis aussi loin que je me souvienne.

Je me sens coupable de toutes les choses que j’ai vécus et de toutes celles que j’ai fait vivre aux autres.

Mais c’est de la fausse culpabilité, c’est beaucoup plus de la honte, j’ai honte de moi, honte de ne pas être la personne que l’on attend de moi. Je n’ai pas encore dépassé le besoin d’approbation, je veux toujours que les autres me valident, notamment mon père et ma mère.

Et c’est compliqué parce qu’ils ne peuvent pas, parce que ce n’est pas nécessaire.

J’ai aussi peur que ma famille se déchire par ma faute.

Je me souviens de l’époque où une de mes mamans me tapaient et je ne le disais pas à ma mère, lorsqu’elle a appris ce que sa sœur faisait, elle m’a frappé aussi parce qu’elle trouvait ça inacceptable que je puisse garder le silence aussi longtemps.

Je n’ai pas cessé de garder le silence d’ailleurs.

Même si je suis conscient que le silence n’apporte rien de bon, le silence permet la perpétuation des comportements nuisibles, des attitudes négatives, et ce qui se passe autour de moi à cause certainement de mon silence.

Un silence coupable, un silence complice.

Ce n’est pas anodin si au commencement était la parole et que c’est par cette parole que le chaos disparu. Le silence, c’est le néant, l’on ne prospère pas dans le silence.

Je ne pense pas être quelqu’un de courageux, j’essaie juste d’exorciser mes propres démons par mes écrits.

Je n’ai pas peur de dire au monde entier ce que je pense parce que le monde entier ne peut rien me faire qui va me toucher ou me blesser, le monde entier n’a pas d’emprise sur moi, le monde entier n’est pas suffisamment proche de moi pour me toucher alors que ma famille, c’est moi.

Ma famille peut me blesser, ma famille peut me dissuader, ma famille peut me museler, ma famille peut souffrir de mes mots et mes actions, si ma famille souffre, je souffre aussi alors j’évite de parler à ma famille, de parler avec ma famille.

Si elle lit mes écrits, ce n’est pas bien grave mais si elle vient me parler de mes écrits là c’est la panique.

Peut-être un jour j’espère, je vais réussir à vaincre ma peur et sortir de mon silence mais en attendant, je jette des bouteilles à la mer, je dessine sur les parois des grottes, je construis des temples dans les rochers pour signaler ma présence, pour qu’on me remarque parce que je déteste ne pas être vu, en l’occurrence ne pas être lu.

Mes lacunes sont si grandes, on croirait que je n’ai encore jamais rien vécu !

Mais n’est-ce pas le propre de l’humain ? La vulnérabilité !

En attendant que ma langue se délie, de mes remords je me délecte, chaque jour je me tais et me déteste encore plus que la veille puis je m’apaise, me pose, j’écris, en vers, en prose, je décris, mon mal-être, ma chose, je pleure des mots de sang, des larmes sèches enfin ça recommence.

Aurais-je été un génie si tout allait bien chez moi ?

Suis-je un génie puisque rien ne va chez moi ?

Gênant.

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