HOMME NOIR ET PATRIARCAT

[ Publication du 06 Novembre 2021 ]

Bonjour à tous et à toutes

J’espère que nous allons tous bien, moi je suis toujours au chômage mais mon esprit travail.

C’est pourquoi ce matin, j’aimerais revenir sur cette publication du 1er Novembre ainsi que la vague d’indignation et d’acquiescement que cela a suscité.

Avant tout propos, je m’excuse auprès de toutes les personnes qui d’une façon ou d’une autre ont été heurtées, choquées, blessées par ma publication.

Plus précisément les personnes qui ont estimé qu’il s’agissait là d’une stigmatisation, d’une catégorisation des personnes dites Noir.e.s …

Sachez que vos réactions étaient totalement émotionnelles et contrairement aux personnes qui s’asseyent pour dire « sortez de l’émotion« , moi je vous dis que vos réactions étaient légitimes.

Vos frustrations, qui ont dans une certaine mesure terni votre jugement face à ma publication, étaient parfaitement justifiées.

Oui, vous êtes frustrés, vous êtes en colère, vous ne comprenez pas pourquoi sans raison réel, sans justificatif valable, les Noir.e.s sont chaque jour méprisés.e.s et martyrisé.e.s, vous êtes frustrés de voir qu’à cause de votre différence biologique l’on vous mette à l’arrière de la société.

En effet depuis des siècles les Noir.e.s, hommes et femmes, sont sujets à une déshumanisation sans précédent, ils sont, non, nous sommes, victimes d’une campagne millénaire de diabolisation de nos cultures et de nos corps.

À notre couleur de peau, à nos traditions, ont été accolées les pires défauts et nombreux sont les Noir.e.s qui participent à cette diabolisation, stigmatisation des personnes dites Noir.e.s sans état d’âme ni scrupules.

C’est pourquoi il est parfaitement normal qu’en voyant les mots « Homme Noir » suivi d’une qualification négative, vous ayez été blessé.

Vous aviez totalement raison de réagir comme vous l’aviez fait et peu importe les intentions derrières mon propos, ma façon de formuler la chose dans un contexte social hostile aux Noir.e.s, ne donne pas lieu à mille interprétations.

Cette publication stigmatise les hommes Noirs. C’est un fait

Et je m’en excuse, nous méritons mieux.

Maintenant que c’est dit revenons à ma publication, au fond qu’est-ce que je voulais dire ?

Premièrement, j’ai totalement fait exprès de circoncire mon propos aux hommes Noirs parce que ce sont eux qui me lisent et ce sont eux que je côtoie, c’est leurs façons de vivre, leurs cultures, leurs aspirations que je connais.

Aussi, je ne crois pas avoir un quelconque intérêt à parler des autres peuples, à critiquer le mode de vie des autres peuples.

S’il faut faire une critique, je la ferai contre ou pour les personnes qui sont comme moi et ce n’est pas non plus de l’exclusion.

Il s’agit ici d’être réaliste, je n’ai jamais quitté l’Afrique, je ne vis qu’avec des Noir.e.s alors je ne parle que d’eux même si j’apprends de tous les peuples.

Peut-être lorsque je me retrouverais ailleurs qu’ici, je me sentirai légitime de parler des Arabes, des Juifs, des Corses et autres.

Deuxièmement, j’ai fait exprès de parler des hommes Noirs afin de titiller votre fragilité.

Oui, vous êtes fragiles et cette fragilité découle des frustrations dont j’ai parlé dans l’avant-propos.

Peut-être que maintenant vous comprendrez que réagir dans l’émotion a ou peut avoir une légitimité et que le discours d’une personne qui réagit par rapport à ses frustrations n’est pas à bannir.

Ce sursaut d’orgueil que vous avez eu en lisant ma publication, vous devrez l’avoir chaque jour contre toutes les discriminations.

Il est intolérable de permettre à quelqu’un de venir tranquillement salir l’image de toute une catégorie de personnes, tout un peuple, c’est inadmissible.

Troisièmement, j’ai fait exprès de parler des hommes Noirs car nous devons sans aucun ménagement critiquer les tares de nos sociétés.

Ce n’est pas en cachant la poussière sous le tapis qu’on rend une maison propre et nous, africain.e.s, avons trop souvent tendance à nous mentir à nous-mêmes au sujet des maux dont souffrent nos sociétés.

Globalement ici il n’y a que deux façons de considérer nos difficultés : pour les amoureux de l’Afrique, nos problèmes ont toujours des causes exogènes, c’est toujours la faute des autres peuples si X ou Y nous arrive et pour les haineux de l’Afrique, nos problèmes ont toujours des causes endogènes, c’est parce que le Noir est mauvais que X ou Y nous arrive.

Ces deux approches n’ont aucune réel objectivité, nous refusons de faire une analyse sociologique profonde de nos sociétés et lorsque nous le faisons, nous refusons de voir les résultats surtout pas en public car nous avons peur que les autres peuples nous regardent et se moquent de nous.

Cette attitude est la preuve encore une fois de notre fragilité et de notre haine de nous-mêmes, s’aimer ce n’est pas cacher ses défauts, s’aimer c’est ne pas craindre l’avis des autres sur soi.

Et tant que nous refusons de régler nos problèmes, ils vont perdurer.

Quatrièmement, j’ai fait exprès de parler des hommes Noirs parce que l’homme Noir souffre de sa masculinité et cette souffrance n’est absolument pas silencieuse, elle est visible de tous et toutes mais nous avons décidé de détourner le regard.

Les sociétés dans lesquelles les hommes Noirs évoluent aujourd’hui sont profondément sexistes et racistes, c’est dans ce contexte que l’homme Noir s’est construit une carapace de virilité au dessus de ses blessures.

L’homme Noir souffre du racisme qui dans un monde globalisé touche autant le jeune afro-américain de New-York que le jeune béninois de Parakou, nous sommes tous directement ou indirectement victime de ce racisme ambiant.

Ce racisme qui ne cesse de nous dire que nous ne sommes rien ni personne, que nous n’avons de valeur que celle qu’on veut bien nous attribuer, chaque jour nous sommes diminués et renvoyés à un état de bestialité.

L’homme Noir souffre d’être Noir mais il a au moins la chance d’être homme.

Alors on se construit autour de l’identité masculine, on se recroqueville dans la virilité pour retrouver un peu d’estime de nous-mêmes, un peu d’amour propre.

La virilité est devenue notre arme, notre argument de valorisation principale, chaque blessure raciste est pansé avec des « je suis un homme, je suis fort« …

« Grosse bite » qui est une insulte contre nous est devenu la mascotte de notre masculinité.

Mais si seulement il s’agissait d’un problème de racisme.

Nos sociétés traditionnelles sont elles-mêmes les haut lieux d’une masculinité viriliste qui ne dit pas son nom.

L’homme Noir est roi, guerrier, incontesté et incontestable.

Cette force brut qu’est l’homme Noir vient se confronter à la réalité dure et sans équivoque de la jungle urbaine à l’heure où toutes les branches de nos traditions ont été détruites mais tel un membre fantôme ça continue de nous démanger.

Enfin, pour entrer dans le vif du sujet ma publication vient dresser un constat, faire un portrait, celui de l’homme Noir, l’homme Noir tel que notre société le construit et son rapport à la parentalité, la paternité.

Sous nos cieux les enfants sont considérés comme une richesse au sens propre comme au figuré, un homme qui a beaucoup d’enfants est un homme riche.

Sans parler du fait que c’est un signe, une preuve de virilité, de puissance pour un homme que d’avoir une multitude d’enfants.

Lorsque deux âmes s’unissent, elles unissent aussi leurs familles et le fruit, la concrétisation de cette union ce sont les enfants.

Les enfants sont une importante unité de mesure dans nos sociétés où l’on ne jure que par la famille, où la famille est considérée comme le socle de tout.

Afin de se conformer à cet idéal social, les hommes Noirs n’ont aucune hésitation à faire le plus d’enfants possibles et nous en sommes extrêmement fiers.

Lorsqu’il s’agit de concevoir les enfants, les hommes Noirs répondent toujours présent, il est inadmissible chez nous de ne pas vouloir avoir des enfants.

Cependant il est étrange de constater que ces hommes éduqués et conditionnés à la procréation soient incapables de s’occuper seuls de leurs enfants.

Loin d’être un mauvais père, l’homme Noir sait être responsable face à ses enfants, il fournit à ses enfants un toit où s’abriter, de quoi se nourrir pour être en bonne santé et fait office de figure d’autorité, l’incarnation de la ligne droite à suivre, le wagon de tête.

Mais il demeure inaccessible, l’homme Noir est loin de ses enfants, si loin qu’il n’est plus visible c’est uniquement son ombre qui plane au-dessus du foyer.

Humainement, l’homme Noir n’a aucune relation avec sa progéniture.

L’on pourrait aisément me dire que tous les hommes Noirs ne sont pas ainsi mais quelle est la norme sociale ?

Toutes les sociétés ont des normes, des comportements, des raisonnements, des activités qui sont jugés comme normaux et c’est dans tous les domaines.

Alors je repose ma question, quelle est la norme chez nous ?

Si la norme c’est la complicité entre père et enfants pourquoi ça nous paraît si étrange et exceptionnelle qu’un homme soit proche de ses enfants ?

Quels sont nos modèles ? Dans nos contes traditionnels, au théâtre, au cinéma, dans les romans, les poésies, les chansons. Comment le père Noir est-il dépeint ? Quel portrait fait-on de lui ?

Combien sont les enfants qui bien qu’ayant leurs pères vivants, bien que vivants avec leurs pères, ressentent l’absence de ces derniers ?

Combien de pères souffrent de cette relation où ils travaillent pour leurs enfants mais ne partagent aucune intimité avec eux ?

De toutes ces questions pourraient en découler une autre qui a toute son importance pour ne pas dire la plus importante : est-ce qu’il est nécessaire pour les pères d’être proches de leurs enfants ?

Pour ma part oui et chacun est libre d’avoir sa propre appréciation, réponse à la question.

Oui, parce que les liens de sang n’ont pas véritablement d’impact dans la pratique, les liens de sang ne se vivent pas, ne suscitent aucune émotion, contrairement aux souvenirs provoqués par les moment passés ensemble.

La proximité, l’intimité d’une conversation, d’une activité est favorable à développer un lien émotionnel qu’il n’est pas facile à briser mais il ne suffit pas d’une seule discussion pour nouer des liens, c’est un travail de longue haleine.

Les relations humaines sont des relations émotionnelles.

C’est pourquoi il est impératif pour les hommes Noirs de développer une vraie relation émotionnelle avec leurs enfants.

Et avant d’en arriver là, l’homme Noir doit d’abord pouvoir exprimer ses émotions donc il faut détruire sa carapace de virilité !!!

L’absence des pères, au-delà d’être physique est avant tout émotionnel, cette déconnexion est avant tout entre l’homme et lui-même, cette déconnexion profite au patriarcat.

L’absence des pères est une preuve de la masculinité toxique, en plus des enfants, des mères, les pères eux-mêmes souffrent de ce fait.

Dans mon argumentaire, je n’ai avancé aucun chiffre, aucune donnée statistique, j’ai juste partagé mon analyse qui repose entièrement sur ma vision des choses, de ce fait mon propos est biaisé, complètement, et ce serait assez risqué de me suivre dans mon délire.

Toutefois j’ai la conviction profonde d’avoir mis le doigt sur un problème dont souffre un certain nombre de personnes même s’ils sont peut-être minoritaires c’est pourquoi personnellement je m’engage à aller au bout de la démarche.

Ça prendra du temps, ça prendra de l’énergie mais ça rendra libre.

Si vous êtes arrivé jusqu’au bout de cette lecture, je vous en remercie et vous souhaite une excellente journée.

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