AUX PREMIÈRES HEURES DE LA MASCULINITÉ POSITIVE EN AFRIQUE

En 1984, le 04 Octobre, Thomas Isidore Noël Sankara alors président de la Haute Volta qu’il va renommer Burkina Faso va tenir un discours poignant au siège de l’Organisation des Nations Unis. Ce discours qui est un condensé, une feuille de route, un véhicule de son idéologie politique et révolutionnaire, est celui qui a énormément contribué à asseoir sa légende et le classer au panthéon des révolutionnaires africains. 

Aujourd’hui de son action rien n’a été oublié, il est dans les cœurs et dans les mémoires de tout africain non-aligné. 

Cependant il y a une partie de son discours et surtout de son action dont l’on ne parle pas suffisamment qui porte sur l’émancipation des femmes.

Une minute et dix secondes, c’est le temps que Sankara va consacrer aux femmes du monde dans cet élogieux discours. Cela peut paraître très court sachant qu’il a parlé pendant presque une heure mais l’important n’est pas la quantité, l’important c’est la qualité.

En une minute et dix secondes il a dit l’essentiel de ce qu’il faut retenir de la nécessité de la lutte féministe. Bien qu’il ne se revendiquât pas féministe lui-même, d’ailleurs cela n’a aucune importance que de se revendiquer ou pas féministe tant que l’on travaille à créer une société plus égalitaire, plus juste pour tous surtout entre femme et homme.

C’est par un magistral : « Je parle au nom des femmes du monde entier qui souffrent d’un système d’exploitation imposé par les mâles. » qu’il débute son propos et il termine en appelant les femmes à lutter pour leurs droits.

Pour le monde entier, cette déclaration était peut-être une nouveauté qui bousculait leur entendement mais pour lui c’était la continuation, la concrétisation d’une vision qu’il a toujours eue, vision certainement influencée par le fait d’avoir six sœurs ou encore d’avoir regardé impuissant un homme battre son épouse lorsqu’il était plus jeune.

Il pose les bases de la révolution en intégrant les femmes dans cette vaste entreprise dans un discours tenu le 02 Octobre 1983 (apparemment il aime bien le mois d’octobre lol).

« Le poids des traditions séculaires de notre société voue la femme au rang de bête de somme. Tous les fléaux de la société coloniale, la femme les subit doublement : premièrement, elle connaît les mêmes souffrances que l’homme ; deuxièmement, elle subit de la part de l’homme d’autres souffrances. »

Thomas Sankara

Son attachement à l’émancipation des femmes du monde en général, des femmes burkinabés en particulier ne se limite pas à de jolis discours de galvanisation. Thomas Sankara a tout mis en œuvre tout au long de sa présidence, qui n’a duré que 04 ans, pour donner aux femmes toute la largesse dont elles pouvaient avoir besoin car comme il le disait : « La vraie émancipation, c’est celle qui responsabilise la femme, qui l’associe aux activités productives, aux différents combats auxquels est confronté le peuple. La vraie émancipation de la femme, c’est celle qui force le respect et la considération de l’homme. »

Trois femmes sont nommées ministres dès son arrivée au pouvoir, dont une au ministère du budget. Entre autres mesures, sa présidence marquera la fin de la dot et du lévirat qu’il considère comme une marchandisation des femmes, aussi l’interdiction de l’excision, l’instauration d’un âge légal pour se marier afin de mettre un terme aux mariages forcés, et il tente de s’opposer à la prostitution et à la polygamie.

Symboliquement, une journée du marché au masculin est instaurée pour sensibiliser au partage des tâches ménagères. Sankara avance aussi l’idée d’un « salaire vital », prélevé à la source d’une partie du salaire de l’époux pour le reverser à l’épouse.

C’est pour toutes ces choses que Thomas Sankara est le symbole d’une masculinité positive africaine avant l’heure. Il a fortement contribué à poser les bases d’une société égalitaire et équitable et il est triste de constater que cette partie de son héritage est volontairement ou involontairement occultée.

Aujourd’hui, les jeunes générations que nous sommes se doivent de savoir qu’il est impératif de se mettre ensemble femmes et hommes sur un même piédestal afin de construire nos nations. Et comme disait Sankara : « nous en appelant à toutes nos sœurs de toutes les races pour qu’elles montent à la conquête de leurs droits. »

Ecrit par Gloire Wanief en Novembre 2020

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