Pourquoi suis-je devenu PROFEMINISTE ?

Du primaire au lycée et même dans mes premières années à l’université, j’étais un petit farceur qui adorait taquiner tout le monde surtout les femmes, certaines fois j’allais beaucoup plus loin, je ne faisais pas qu’être taquin, j’étais ouvertement un gros pervers dégueulasse. Je soulevais les jupes des filles dans la cour de l’école ou en classe, je touchais leurs seins, leurs fesses, je me permettais d’accéder à leur intimité sans en mesurer les conséquences ni pour elle, ni pour moi. Le plus étrange c’est que je détestais ce comportement et je n’arrivais pas à m’expliquer pourquoi j’agissais de la sorte.

Aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais considéré que les hommes sont supérieurs aux femmes et j’ai toujours mal vu les rôles de genre. Je ne comprenais pas pourquoi il fallait que les femmes soient soumises aux hommes et surtout pourquoi les hommes étaient systématiquement les chefs. Grandir avec des héros masculins partout me paraissaient bizarre alors que chez moi le pouvoir était conjugué au féminin, puisque c’était ma mère qui commandait. Mais cela était certainement dû au fait que nous étions une famille monoparentale, ça aurait peut-être été différent si je vivais avec mon père aussi. Certaines personnes m’ont toujours demandé, du fait de l’absence de mon père : “qui est la figure d’autorité chez toi ?” je répondais ma mère et l’on refusait ma réponse alors je me demandais ce qu’il manquait à ma mère pour être une figure d’autorité sachant qu’elle est très autoritaire.

Ce que je dis là peut vous paraitre totalement incohérent, incompatible ou autre. Sachez que moi aussi tout cela me paraissait de plus en plus incongru. Peut-être était-ce la maturité ou je-ne-sais-quoi d’autre mais en 2016 à la faveur d’un gros doute concernant mon avenir, de grandes incertitudes sur mon futur, j’ai débuté une longue interrogation sur la société et sur ma personne, aussi sur mes rapports avec les femmes. C’est dans cette introspection que j’ai compris la toxicité de ma propre masculinité, j’ai compris qu’à 5 ans une amie de la famille avait abusé de moi, que ma vision de la sexualité était malsaine et bien d’autres choses liées à mon vécu et à ma condition masculine. J’ai alors décidé de faire un travail sur moi-même pour changer tout cela. Ma démarche est d’abord intéressée, personnelle, il s’agit pour moi de devenir meilleur homme afin d’être un meilleur époux et père, plus tard.

En 2019, je me suis publiquement engagé dans la promotion de l’égalité des sexes par l’élimination de la masculinité toxique. Peut-être qu’inconsciemment ou consciemment il s’agissait de me racheter une conduite, je ne sais pas, ce que je sais c’est qu’il y a toujours en moi un feu qui brûlait et le jour où j’ai pris cet engagement, ce petit feu est devenu un brasier et depuis je suis un homme heureux.

Alors comment être un homme féministe sans tomber dans le mansplanning ?

Cette question je me la suis posée tout au long des années 2019 et 2020. La question de la légitimité car qui suis-je pour dire W, pour faire X, pour penser Y et surtout pour critiquer Z ?

En tant que jeune, que sais-je de la vie et de la complexité de cette société, du monde ?

En tant qu’africain, que sais-je du féminisme, un mouvement né en Occident il y a des lustres ?

En tant qu’homme, que sais-je de ce que vivent les femmes au quotidien en Afrique, dans le monde ?

Sachant que le mansplaining c’est le fait pour un homme d’expliquer avec un ton paternaliste, condescendant, à une femme quelque chose qu’elle est censée savoir en considérant son expertise professionnelle, son parcours académique ou simplement son sexe.

C’est une pratique basique dans une société patriarcale puisque l’on part du principe que les femmes ne savent pas, elles ne peuvent pas savoir et au quotidien cela se matérialise par le refus de leur permettre d’accéder à la connaissance, une injustice encore présente et légale dans de nombreux pays. Ce refus de donner aux femmes les clés du savoir sert à asseoir la domination masculine.

Alors sachant cela j’ai pendant un certain temps été réticent à l’idée de prendre la parole pour les droits des femmes, contre le sexisme, pour la justice. Car n’étant pas une femme en réalité il m’est impossible de comprendre entièrement les tenants et les aboutissants du vécu féminin et une femme ne peut pas entièrement comprendre la complexité du vécu masculin.

C’est pourquoi j’ai décidé en novembre 2019 de m’adresser aux hommes, de dénoncer les préjugés et comportements ayant des effets nocifs sur l’homme d’abord et la femme ensuite.

Armé de mon smartphone et de mon cerveau, j’ai pendant 30 jours dénoncé ce que certains psychologues ont décidé d’appeler masculinité toxique.

Cette campagne en ligne, ou plutôt « on Facebook », m’a aidé à répondre à cette question, cette appréhension qui me bloquait.

De façon simple, pour être un homme féministe sans tomber dans le mansplaining il faut parler de son expérience d’homme et surtout faire une dénonciation des faits et/ou des attitudes, des actions posées par, les hommes ou par les femmes.

Après cette campagne mon constat était amer : le patriarcat a encore de beaux jours devant lui en Afrique.

Révoltant !

J’ai donc décidé de continuer d’écrire, de continuer de dénoncer ce sexisme, cette masculinité toxique, car j’ai en horreur cette image de prédateurs donnée à l’homme et que l’homme se donne puisque cela lui permet de briller en société phallocrate.

Faire briller les hommes au détriment des femmes, sur les corps des femmes, sur l’honneur des femmes, en exploitant les femmes. JE DIS NON !

Quelle est la place des hommes dans la lutte ?

Le féminisme est une idéologie, un mouvement qui promeut l’égalité dans toutes les sphères de la société entre les femmes et les hommes. L’atteinte de cette égalité passe par la réduction et la disparition complète des inégalités de genre, des discriminations basées sur le sexe au sein de nos sociétés et comme il est assez flagrant de le constater, ces discriminations touchent principalement les femmes.

En effet, dans nos sociétés ce sont les femmes, du simple fait d’être des femmes, qui ne jouissent pas ou ne jouissaient pas (c’est selon le pays où l’on se trouve) pleinement des droits accordés à tous les citoyens. Elles sont/étaient classées en citoyen de seconde zone, elles sont/étaient considérées comme inférieures aux hommes.

De ce fait, le féminisme lutte principalement contre toutes les discriminations faites aux femmes et fait principalement la promotion des droits des femmes.

La femme est donc l’objet premier du combat féministe.

Être un homme féministe est sujet à controverse dans la mesure où, les discriminations dénoncées sont causées par les hommes et vécues par les femmes, dans la mesure où même en dénonçant ces violences l’homme garde les privilèges que lui confère la société patriarcale.

Le terme « homme féministe » ou « féministe homme » est alors clairement problématique.

En ce qui me concerne, je préfère le terme « pro féministe » car il traduit mieux le rôle des hommes dans le et hors du féminisme.

Prenant le sport par exemple, il y a de nombreux individus qui ont en commun un amour inconditionnel du football, ils ne vivent rien que pour vibrer à chaque rencontre, chaque débat, chaque tournoi.

Cependant tous ces individus, bien qu’aimant tous le foot, n’ont pas, dans la pratique, la même incidence sur le football. Certains sont footballeurs professionnelles, d’autres supporteurs, d’autres sont entraineurs et j’en passe.

Je considère que dans le féminisme les hommes sont des alliés, des supporteurs et les femmes sont des footballeurs, ce sont-elles les stars. Nous, les hommes, aimons le féminisme, promouvons l’égalité des sexes, dénonçons le sexisme mais le plus gros du travail, celui de remporter la victoire contre le patriarcat appartient aux footballeurs c’est-à-dire aux femmes.

Cette configuration et cette dénomination sont très importantes dans la mesure où il est ici question pour les femmes de se réapproprier leur histoire et de se construire une nouvelle réalité sociale.

Je veux dire que si ce sont les hommes qui se mettent pour défendre les droits des femmes, aucune évolution ne sera faite, l’on va encore retomber dans ce vieux schéma patriarcal qui veut que les hommes protègent les femmes.

Sauf que les femmes ne sont pas de faibles choses, des êtres fragiles, incapable ne serait-ce que d’hurler « EGALITE OU LA MORT ! »

Je ne défends pas les femmes, elles se défendent seules, je suis ramasseur de balles et nettoyeur de fusils.

Cela va sembler bizarre à certains et c’est ce qui les répugnent certainement dans cette lutte mais ici, pour une fois, les hommes doivent se mettre aux côtés des femmes et même derrière elles car c’est à elles d’emmener ce navire qu’est le féminisme à bon port.

Et aussi contrairement à ce que certains peuvent penser ou dire, il ne s’agit pas de brandir les hommes, de mettre les hommes au-devant de la scène, pour montrer que le féminisme sait être tolérant, la non-mixité est un choix stratégique, idéologique, politique totalement légitime, le féminisme n’a pas besoin des hommes pour se faire entendre. Les femmes n’ont pas besoin des hommes pour exister dans la société.

Il ne s’agit pas non plus en tant qu’homme de se revendiquer féministe ou allié uniquement pour obtenir des faveurs sexuelles de la part des féministes, ce que certains ont l’audace de faire sans aucune vergogne dans le but d’humilier ces dernières puisque le sexe est vu comme un moyen de contrôler les femmes.

Il s’agit de participer à la création d’une société plus juste, plus équitable et plus respectueuse des droits humains dans leur entièreté. Il s’agit de se débarrasser des mentalités, des habitudes qui sont nocifs à nous-mêmes hommes, telles que la pression pour les performances sexuelles, l’incapacité à transmettre nos émotions, notre absence auprès de nos enfants et j’en passe.

Comprendre qu’il est bénéfique pour les hommes de lutter contre le sexisme, c’est la première étape vers la construction de cette société plus juste et je nous invite tous à y placer sa pierre, à aider à l’édification de ce nouveau modèle de société.

Pourquoi suis-je devenu proféministe ? Je ne saurai aisément répondre à cette question en réalité car oui, je suis un opportuniste. J’ai vu dans ce mouvement l’opportunité de devenir meilleur, de devenir beaucoup plus fier de moi-même, d’être en accord avec mes doutes, de me racheter de mes mauvaises conduites qui ont certainement contribué à briser la confiance que certaines femmes femmes avaient en elle-même, je me suis engagé pour guérir de mes blessures, pour améliorer ma vision de la sexualité, ma perception du monde mais surtout ma perception de moi-même. Je me suis engagé pour moi, pour mes douleurs, mes blessures, mes regrets, mes remords personnels.

Je suis devenu proféministe en espérant qu’à travers mon engagement des gamins ne prennent pas les mêmes décisions que moi, ne vivent pas les mêmes traumatismes que moi.

Je ne suis pas une personne exempte de tâche mon passé, mon intimité est mille fois plus laid que les maux que je combat et j’espère me dessiner un bel avenir.

Je prends la parole parce que je le peux, parce que je le dois, parce que je n’ai pas d’autre choix que de dire ce que je dis et faire ce que je fais.

Je suis tombé dans le gouffre, je souffre, peut-être que je changerai mais en attendant je suis là et je ne lâcherai pas le morceau.

Bref c’était Un Homme à la Mer…

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